Serious Game 2010: Intéressant mais pas (encore) convaincant

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Posted by Domino | Posted in Info | Posted on 06-05-2010

“Les Secrets d’Ombyliss” est un jeu permettant de réfléchir sur la place de la personne handicapée dans la société.

“Les Secrets d’Ombyliss” est un jeu permettant de réfléchir sur la place de la personne handicapée dans la société.

Fortement impliquée dans le e-learning, je suis tout naturellement curieuse de découvrir ce que l’avenir nous réserve dans ce domaine.

J’en profite pour vous faire part de mes réflexions après avoir assisté à la journée SeriousGame à Mons ce mardi 4 mai 2010. Bien sûr, ces réflexions n’engagent que moi  :-)

J’ai tout d’abord regretté qu’il n’y ait pas eu de définition claire du concept. L’évènement étant porté, entre autres, par la société Belle Productions qui crée des jeux vidéo, c’est cet aspect qui a été mis en évidence dans les débats. Pourtant, tout autre type de jeu éducatif (jeu de carte, jeu de plateau,…) pourrait aussi porter, d’après moi, le nom de Serious Game.  Le jeu Neurodyssée, de sensibilisation à l’Europe, a tout de même été présenté sous la forme d’un jeu de cartes (et remis gracieusement à tous les participants en fin de journée ) que je n’ai malheureusement pas encore eu l’occasion de tester.

J’ai beaucoup aimé l’application Silverfit pour la réhabilitation motrice des personnes âgées. La simplicité est son point fort et les vidéos montraient bien le plaisir évident des utilisateurs. Moi qui m’ennuie toujours pendant les séances de gym, j’applaudis des deux mains !

 A contrario, l’application Bricomania, qui simule une semaine de stage en entreprise, m’a semblée prodigieusement ennuyeuse. Je ne saisis pas bien comment, en simulant le travail de caissière derrière mon PC, je pourrais me rendre compte de la réalité de ce job où le contact avec la clientèle et la fatigue physique liée à la manipulation d’objets sont quand même primordiaux.

Taatu et Les Secrets d’Ombyliss sont certainement de très belles réalisations techniques, mais là encore je reste fort sceptique. D’après moi, lorsque l’on veut se lancer dans un apprentissage, il faut tout de même se mettre dans un « état d’esprit » d’apprentissage. J’ai l’impression que dans des réalisations comme Taatu ou Les Secrets d’Ombyliss, les concepts qui veulent être enseignés ou tout simplement présentés aux participants se retrouvent un peu noyés sous une débauche d’effets techniques. Les apprenants risquent de se focaliser sur l’interface, les effets spéciaux, les stratégies du jeu,… mais ne vont pas nécessairement assimiler le contenu pédagogique qui passera au second plan.

Enfin, espérons que je me trompe, puisque je n’ai eu accès qu’à la présentation…

 Pour me convaincre, j’aurais aimé que l’on s’intéresse un peu plus à l’avis et à l’acquis des utilisateurs. Des tests ont-ils été faits pour comparer la satisfaction et le niveau de connaissances atteint lorsque plusieurs échantillons de personnes apprennent avec des techniques classiques ou des Serious Games ?

 Malgré tout, je reste 100% persuadée que les Serious Games ont un énorme potentiel pour l’avenir. Et, si je suis amenée un jour à participer à la conception de tels supports d’apprentissage, je privilégierais certainement les points suivants :

  •  La simplicité de l’interface pour l’utilisateur : il ne faut pas perdre de temps à manipuler l’interface, mais plutôt consacrer ce temps à l’apprentissage proprement dit.
  • Eviter de propager l’idée que « apprendre ce n’est qu’un jeu » : Apprendre représente toujours un effort qui demande de la volonté et de la concentration. Mettre l’apprentissage sur pied d’égalité avec le jeu risque de dévaloriser encore un peu plus l’intérêt des études aux yeux de certains.
  • Le soin apporté à la conception pédagogique doit avoir au moins autant d’importance que la réalisation technique et graphique : il ne faut en aucun cas que l’on se retrouve avec un bel emballage dont le contenu n’apporte rien.
  • Le Serious Game me semble une bonne solution comme complément à un apprentissage plus théorique, en salle ou en ligne. Il peut alors servir à la fois de récompense (on se délasse) et d’évaluation des acquis.

 Je suis déjà impatiente d’assister à SeriousGame 2011, car je suis certaine que ce concept ne pourra que s’améliorer et que les années futures nous amèneront des applications de plus en plus intéressantes.

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Le jeu Bricomania m’a laissé une impression totalement différente. J’ai trouvé qu’il correspondait particulièrement bien à l’idée que je me fais du serious game, car il ne s’agit pas juste d’un habillage par-dessus un jeu, mais vraiment d’une approche qui n’aurait pas été possible dans un autre contexte. Mais je pense qu’il s’agit surtout d’un test psychologique déguisé, permettant de mesurer la persévérance, le souci du détail, la concentration, l’attention, la logique, etc. plutôt que d’une tentative de faire expérimenter le monde professionnel au candidat, ce qui serait effectivement un peu ridicule.

C’est vrai qu’avec des présentations courtes on peut avoir une vue faussée. J’ai juste donné ma première impression …
Les sociétés qui présentaient leur jeu ont malheureusement très peu parlé de leurs objectifs pédagogiques, de la manière de les atteindre et de la manière de mesurer les résultats.
Pourquoi n’en ont-ils pas parlé ? Parce que cet aspect a été un peu négligé dans la conception du jeu ( ce qui serait fort dommage)? ou bien tout simplement parce qu’ils ont pensé que le public de la salle serait plus intéressé par les aspects graphiques ?

Quand on parle de serious game on parle d’un ensemble de productions aussi diverses que variées et pas exclusivement d’E-learning amélioré.
Les serious game c’est avant tout un jeu avec un contenu sérieux, on ne parle pas de learning game ou de serious learning… :)
Lors de la conférence j’ai tenté de classifier ces différences car chacun des « mondes » voudrait s’approprier la nouveauté du terme « serious game »
.
Une pub interactive sur le net pour vendre une voiture ou de la salade c’est du 100% serious game.

Ma classification est la suivante, il y a les serious games edutainment, comme « Les Secrets d’Ombyliss »de belle.be: un vrai jeu dont la finalité n’est pas uniquement le jeu mais une sensibilisation à un sujet difficile en utilisant volontairement les techniques et la technologie du jeu vidéo que pratiquent les enfants ou ados avec une interface qui leur sont agréable et familière .
Neurodyssée utilise le même principe bien que la matière d’apprentissage soit plus visible et que la variante jeux de carte est effectivement aussi du serious game au même titre que bon nombre de jeux de plateaux sur l’économie, l’écologie, la politique etc…

Les serious game de type E-Learning qui font plus appel à un apprentissage vérifiable tout en rendant ce dernier plus ludique que l’E-learning classique et enfin, le Serious Game Advergaming qui clairement à une finalité de promotion, de vente, etc..

On ne trouvera donc pas une définition globalisante car les serious game sont semblables à une auberge espagnole.
Les diverses manières d’enseigner ainsi que les différences d’écoles ou de vision de la pédagogie se retrouvent dans ces réalisations en les modelant à leur façon et ça crée une richesse multiple.

2011 sera plus ambitieux, car une part importante de la journée sera consacrée à l’historique et la présentation plus approfondie de ce qui se fait dans le monde des serious games. Nous doublerons voir triplerons en parallèle les présentations afin d’aborder de façon plus pointue les facettes multiples de ce media déjà mature dans de nombreux pays :)

François Delpierre

Merci pour ces éclaircissements.
J’aimerais quand même savoir si vous avez réalisé des tests sur l’acquis des participants après le jeu ?

C’est prévu dès que le jeu sera achevé et débugué bien entendu, c’est l’asbl Passe Muraille qui s’en charge.

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